Si comme moi vous ĂŞtes une amoureuse de livres, vous adorerez les voir s’animer dans la fiction « Sous les couvertures », de Bertrand Guillot. Nos compagnons de papier en sont en effet les hĂ©ros!

"Sous les couvertures" de B Guillot

Derrière les vitres de la vieille librairie, les pages bruissent dès la nuit tombĂ©e. Les livres s’animent et complotent pour conquĂ©rir des lecteurs… Dans la petite salle de l’arrière en particulier, les romans se morfondent. Jamais personne ne prend l’initiative de les lire, eux dont les auteurs n’ont pas des milliers de ventes Ă  leur actif, eux qui ne sont pas habillĂ©s d’un bandeau rouge et blanc vantant leurs exploits commerciaux! Parfois, une main curieuse les soulève, consulte leur quatrième de couverture, et trop souvent les repose.

Jaloux des best-sellers mis en lumière sur les tables Ă  cĂ´tĂ© du comptoir, ce groupe de romans moins chanceux dĂ©cide de renverser la tendance. Ils estiment mĂ©riter une place de choix, et veulent chasser la littĂ©rature facile du podium! C’est ainsi que commence le conte de Bertrand Guillot, « Sous les Couvertures » (Ă©diteur: Rue Fromentin). DĂ©ployant leurs pages pour voler Ă  travers les rayons, les dissidents rallient d’autres volumes Ă  leur cause pour monter une rĂ©volution. Arriveront-ils Ă  tirer la couverture Ă  eux sans s’attirer les foudres de leur libraire? En cas d’Ă©chec, ils sont sĂ»rs de finir Ă  la broyeuse, eux, les invendus, pschitt, transformĂ©s en confettis!

« Sous les couvertures », une fiction qui critique l’univers de l’Ă©dition

Sous cette forme audacieuse, qui place les livres en hĂ©ros, Bertrand Guillot nous livre une critique du monde de l’Ă©dition, de l’attitude des Ă©crivains, de la dĂ©mission de certains libraires. Les ouvrages arrivent par cartons entiers dans l’arrière-boutique, trop par rapport au nombre de lecteurs, qui peu Ă  peu dĂ©sertent la librairie. La jeune assistante a bien des idĂ©es pour dynamiser l’affaire, mais le gardien des lieux, proche de la retraite et dĂ©missionnaire, ne lui prĂŞte pas attention. Le vieil homme voit sa propre flamme pour la littĂ©rature s’Ă©teindre peu Ă  peu…

Dans le conte, le ralliement des livres Ă  la mĂŞme cause ne se fait pas non plus sans heurts et certains sont prĂŞts Ă  arracher des pages pour prendre les devants. Les jeux de pouvoirs et les influences sont en marche! Derrière leurs reliures, les romans reflètent les traits de caractère de leurs auteurs. Il y a « l’AcadĂ©micien », imbu de lui-mĂŞme, « Rouge », le jeune ouvrage agressif, engagĂ© dans une cause dans le seul but de se dĂ©fouler, l’opportuniste, qui retourne sa veste selon les modes, et le hĂ©ros, « Grand », dotĂ© d’une largesse d’esprit qui lui vaudra d’ĂŞtre catapultĂ© chef de file  – avec les difficultĂ©s que cela implique. Heureusement, il pourra compter sur des amis fidèles pour mener sa rĂ©volution nocturne et jeter les best-sellers hors de la table tant convoitĂ©e!

#MRL2014 : Les matchs de la Rentrée Littéraire

MRL2014Avec ce billet, je participe aux Matchs de la RentrĂ©e LittĂ©raire organisĂ©s par Price Minister, que je remercie pour l’envoi du roman. Je dois avouer que c’est le seul titre qui m’a interpellĂ© dans la sĂ©lection de cette Ă©dition. Oui parce que le principe, c’est de permettre Ă  des blogueurs de choisir un livre Ă  chroniquer dans la liste! J’avais une petite apprĂ©hension tout de mĂŞme avec le thème: est-ce que l’idĂ©e de transformer les livres en ĂŞtres parlants allait fonctionner ou ĂŞtre trop tirĂ©e par les cheveux? Finalement, cet exercice pĂ©rilleux m’a paru tout Ă  fait rĂ©ussi! La critique du monde littĂ©raire brossĂ©e au travers du destin « hĂ©roĂŻque » de ces romans en mal de lecteurs m’a convaincue. Cette fiction comporte des chapitres oĂą on assiste aux conversations d’auteurs dans un salon du livre, aux rĂ©flexions du libraire face Ă  ses chiffres de vente en berne, etc. On ne parle pas toujours des dessous de l’Ă©dition, j’ai donc trouvĂ© les critiques de l’auteur très intĂ©ressantes!

OĂą l’on apprend que les livres volent loin des regards…

En plus, Bertrand Guillot a trouvĂ© de jolies astuces pour donner vie aux volumes –  comme leur façon de se dĂ©placer en planant, pages dĂ©ployĂ©es, d’un bout de la libraire Ă  l’autre. Un autre passage que j’ai particulièrement aimĂ© est la rencontre entre les ĂŞtres de papier et la liseuse Ă©lectronique, dĂ©nuĂ©e d’humanitĂ© et sujette aux limites de la technologie – elle se tait, KO, lorsque sa batterie est dĂ©chargĂ©e.

Un conte ingĂ©nieux, une critique intelligente, avec une histoire assez divertissante: j’ai votĂ© pour cette lecture avec la note 3/5!

« Sous les Couvertures » de Bertrand Guillot, Éd. Rue Fromentin, 16 €

Envie de lire autre chose?

→  Vous pouvez retrouver ici ma critique de l’an dernier pour les MRL, « Une part de Ciel », une belle dĂ©couverte.

→ Ou dĂ©vorer un autre roman qui fait vivre les livres, la saga de Jasper Fforde dĂ©butant avec « L’Affaire Jane Eyre »

 

Cette lecture vous attire-t-elle? Et pour ceux d’entre vous qui bloguent, qui a participĂ© aux MRL2014?

8 comments on “Un conte dont les livres sont les hĂ©ros”

    • C’est vrai qu’il n’a pas fait l’unanimitĂ© ce bouquin, mais malgrĂ© l’intrigue assez plate, c’est plutĂ´t ce qu’il y a derrière qui m’a plu :)

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