Mon avis sur 5 Romans Quebecois

Bonjour, bonjour! Je remarque que cela fait un moment que je ne vous ai plus parlé de bouquins. Pourtant je n’ai pas arrêté d’en dévorer. Depuis mon arrivée à Montréal en mai, je m’efforce de dénicher des auteurs québécois à lire. Pour remédier à ce silence, je vous commente un mix de mes lectures trouvées à la bibliothèque de Montréal, au hasard des rayons. Au menu: les bouquins de deux auteurs ultra-connus au Canada, Michel Tremblay et Fred Pellerin, puis trois romans québécois sortis récemment. Ah ben oui, le but affiché est de vous donner envie de lire en québécois.

Je vais radoter mais… J’envie les Montréalais, car ils ont la chance d’avoir une bibliothèque énorme et magnifique, la BANQ, une vraie caverne aux trésors! Ses rayonnages débordent de livres en français et en anglais, grâce au bilinguisme de la ville. Pouvoir choisir un rayon sur un thème, et y trouver des livres des deux langues mélangés, c’est juste excellent! Au rayon des romans, je suis à l’affut du symbole de fleur de lys sur la tranche. Cet autocollant permet de repérer les livres québécois. Un système génial qu’on devrait aussi utiliser en Suisse par exemple (une edelweiss ou une vache?), pour mettre en avant les auteurs régionaux au milieu de l’avalanche de livres français.

Le hic, c’est que… les sagas historiques représentent 25% des ventes de romans ici! Les Québécois sont très friands de ces séries en six volumes (minimum), contant la vie d’une famille dans le passé, souvent autour d’une figure de femme courageuse. Statistiques obligent, je pioche souvent ce genre d’ouvrages en prenant une fleur de lys au hasard, et je le repose bien vite sur l’étagère: ce n’est pas le genre de lectures que je recherche, je préfère les romans contemporains, ancrés dans la vie d’aujourd’hui!

J’ai goûté à ces 5 romans québécois durant l’été…

C’t’à ton tour, Laura Cadieux

du célèbre Michel Tremblay

Michel Tremblay - auteur québécoisLe résumé de l’éditeur: L’action de ce roman, publié en 1973, se déroule en quelques heures dans la salle d’attente d’un médecin à Montréal. Laura Cadieux se rend comme chaque semaine chez son médecin pour sa cure d’amaigrissement. Elle est accompagnée par son fils de 6 ans, qu’elle perd en route dans le métro, et par son amie Madame Therrien. Laura discute de tout et de rien avec d’autres femmes dans la salle d’attente. Composé de 38 séquences, très courtes parfois, le roman raconte le quotidien de ces femmes souvent laissées-pour-compte. Dans les années 1980, cette œuvre a entrepris une longue carrière au théâtre.

Ce que j’en ai pensé: Culte! Ce petit roman québécois très théâtral, qui se présente sous la forme d’un monologue, laisse la scène à Laura Cadieux, une grosse femme issue d’un milieu  populaire. Bourré d’expressions québécoises, et écrit en phonétique, « comme on parle », il est au départ difficile à déchiffrer… Et puis rapidement, on se prend au jeu. Laura Cadieux cumule les défauts: elle n’est pas très fine, de mauvaise foi, semble vivre une vie grise et ennuyeuse… et avec ça elle est ouvertement xénophobe. Et pourtant au fur et à mesure de son récit, on se prend d’affection pour cette anti-héroïne. La verve de Michel Tremblay donne vie à un personnage plus vrai que nature. Au début du roman, lorsque la Cadieux perd son fils dans le métro, tout en criant des « tabarnak » et d’autres expressions fleuries à l’intention du galopin, j’ai un peu pensé à Zazie et au bagou que Queneau prête à ses personnages parisiens.

J’ai vraiment hâte de découvrir l’adaptation sur grand écran du roman, en craignant de ne pas tout capter – et j’ai bien l’intention de lire d’autres romans signés par Michel Tremblay.

« C’t’à ton tour, Laura Cadieux » – Éditeur: Bibliothèque québécoise – 8 $

Les contes de Fred Pellerin

Encore un classique québécois, qui m’a été conseillé par Sylvie au fil d’un commentaire du blog. Fred Pellerin est un conteur qui puise son inspiration dans les histoires de voisinage de Saint-Elie-de-Caxton, son petit village du Québec. « Ses récits, même les plus extraordinairement déjantés, sont toujours porteurs d’un immense respect et d’une indéfectible affection pour ces êtres de mémoire qu’il transforme en personnages, le temps d’un conte. » (mot de l’éditeur)fredpellerin-photodepresseLe principe de « contes » me laissait un peu méfiante avant de tourner les pages de « Bois du thé fort, tu vas pisser drette » (oui, oui, c’est son titre!), un tout petit livre qui se lit très vite… Pas de « il était une fois » ici, ce sont des contes très courts, comme des anecdotes sur la sagesse populaire. Elles tournent autour de figures du village, le tenancier de l’épicerie ou le curé notamment. Bien souvent, ces derniers professent avant tout des bêtises! Les histoires séduisent par leur drôlerie, mais j’ai surtout aimé les lire pour la langue. Fred Pellerin déroule les calembours au fil des phrases, joue avec les mots. Le trentenaire est un conteur et un amuseur, virtuose dans l’art de manier sa plume avec légèreté et humour. Je lirais d’autres de ses contes avec plaisir…et il paraît qu’il faut le voir sur scène!

« Bois du thé fort, tu vas pisser drette », Sarrazin édition, 2005, 10 $

Mémoires d’une enfant manquée

de Brigitte Pilote

Mémoires d'une enfant manquée - roman québécoisLe résumé de l’éditeur: 1974. Jeanne, fillette dotée d’un verbe coloré et d’une impitoyable lucidité, refuse d’être une enfant, le nom que les adultes donnent à leur progéniture «pour nous rapetisser au lieu de nous élever». Elle aspire à devenir un grand homme comme Jésus-Christ et Jacques Cartier, avec qui elle partage ses initiales, ou encore comme ce rescapé des camps venu libérer les femmes d’ici. Confrontée aux adultes peu responsables qui peuplent son univers, Jeanne apprendra à oublier sa petite personne pour cultiver le devoir de mémoire.

Ce que j’en ai pensé: Paru en 2012, il s’agit du premier roman de Brigitte Pilote. Le personnage principal et narrateur est une petite fille trop intelligente, aux réflexions décalées. Héroïne haut-en-couleur, elle remet en question le monde dans lequel les adultes tentent de la confiner. Comme tous les enfants, Jeanne va à l’école, mais comme elle est peu sociable (c’est un euphémisme) elle n’a nullement l’intention de s’y faire des amis. Au contraire, elle méprise ces gosses insouciants… Ses monologues et critiques sur son quotidien sont irrésistibles. J’ai adoré cette première partie du livre, car je suis friande de personnages décalés. Ensuite, le récit connaît un tournant: événement perturbateur majeur, les parents de Jeanne décident de partir vivre dans une communauté baba cool… Or dans ce cadre peu conventionnel, le génie du personnage principal s’exprime moins en décalage, et à mon goût, le roman prend une tournure trop loufoque et perd son charme du début. Quel dommage… Je l’ai quand même terminé avec plaisir, mais j’ai vraiment préféré l’ambiance du début du livre, qui laissait toute sa place à cette petite fille pas comme les autres.

Est-ce que je le conseille quand même? La réponse est voui! La première partie vaut le coup pour entendre cette voix étonnante et attendrissante.

Mémoires d’une enfant manquée, Éditions Stanké – 2012 – 20 $

Confessions d’un extraterrestre

De Jacques Benoit

Confessions-dun-et-quebecL’histoire: Ce court roman raconte les élucubrations d’un extra-terrestre sur terre. Ah, cela vous rappelle quelque chose? Sauf que là on n’arrive pas à la cheville des aventures de Gurb en Espagne. Un être étrange de la planète Xinak pose son vaisseau au Québec, et « vole » l’apparence de l’auteur même du livre, Jacques Benoit, alors un blond adolescent! On suit donc les mésaventures de la créature déguisée en humain dans les rues de Montréal, où il vivra quelques temps comme un itinérant (le nom donné aux SDF au Québec) avant de rencontrer celle qui fera chavirer son cœur… L’ET pacifique tentera aussi de sauver la planète car ses congénères embrassent soudain le dessein de coloniser la Terre.

Mon avis: Je n’ai pas passé un moment désagréable avec ce livre – je l’ai même terminé, alors que je ne me force jamais quand un bouquin m’ennuie. Mais franchement, rien d’extraordinaire et je ne le conseille pas. Le style est un peu lourd, le récit et les anecdotes pas transcendantes… Vu que l’auteur a écrit six romans, il y a sûrement mieux à trouver dans sa bibliographie!

Et si vous voulez lire les aventures d’un extra-terrestre sur terre en pleurant aux larmes, je vous conseille plutôt le roman génial de Mendoza, « Sans nouvelles de Gurb« !.

Confessions d’un extraterrestre – Éditeur: Boréal – 2014 – 20 $

Sault-au-Galant

Premier roman de la journaliste québécoise Isabelle Grégoire

Sault-en-Galant - roman québécoisLe résumé de l’éditeur: L’arrivée de douze familles de réfugiés colombiens bouleverse la vie d’un petit village québécois, Sault-au-Galant. Quelques mois plus tard, la disparition d’Emilio Mondragon, un petit Colombien âgé de 10 ans, avive les tensions entre les villageois et les nouveaux venus, tout en attisant de vieilles rancœurs. Accident? Fugue? Enlèvement? Qu’est-il arrivé à cet enfant? D’inquiétantes lettres anonymes brouillent les pistes. Au village, chacun a quelque chose à se reprocher et tout le monde finit par être suspect. Quant aux réfugiés, ils traînent un lourd bagage: victimes de la guérilla communiste, de groupes paramilitaires d’extrême droite… Et s’ils avaient affaire à d’anciens bourreaux?

Mon avis: Un roman court et intelligent. Isabelle Grégoire, par ailleurs journaliste, nous transporte d’abord dans l’horreur de la Colombie, où FARC et paramilitaires font la loi. Mondragon, fils d’un propriétaire terrien, est coincé entre deux feux et choisit son camp. Il finit par fuir devant l’inhumanité de ses compagnons… et obtient le statut de réfugié au Canada. Il se retrouve ainsi avec sa famille dans un petit village du Québec! Lui sera-t-il possible de vivre enfin en paix? Pas si sûr, pour l’homme hanté par son passé. Les habitants québécois, de leur côté, ne sont pas très ouverts face à « l’invasion » de réfugiés colombiens que subit leur village. Douze familles sont en effet arrivées à Sault-en-Galant en même temps. Ce projet pilote a été initié par la belle-soeur de Mondragon, une Colombienne installée depuis plusieurs années dans le petit village qu’elle jugeait jusque là chaleureux et ouvert. Or de la théorie à la pratique, il y a un gouffre et le clash de cultures guette… Le modèle d’immigration semble tourner au cauchemar lorsqu’un enfant maltraité par les autres écoliers disparaît… Qu’est-il arrivé au petit Emilio?

Ancré de nos jours, ce petit roman agréable à lire est une bonne surprise! Les personnages sont complexes malgré un récit assez court. Je vous le conseille  si les thèmes abordés – l’immigration, la Colombie, le vivre-ensemble – vous parlent. Le style de langue est simple. Ce qui est original dans la forme, c’est que chaque chapitre est raconté du point de vue d’un autre personnage. On a ainsi une entrée vers les pensées de quelques habitants du village fictif de Sault-en-Galant.

Sault-au-Galant, Isabelle Grégoire – Éditions Québec Amérique –  2014 – 25 $

J’espère vous avoir donné envie de vous intéresser à certains de ces livres!

Lire des romans d’auteurs québécois, pourquoi? C’est une belle occasion de découvrir des plumes qu’on ne lit pas chez nous et de voyager au Québec par la pensée. Cerise sur le gâteau, cette littérature permet de découvrir des mots et expressions québécoises savoureux, car les écrivains les distillent généreusement, surtout dans les dialogues… J’adore!

Alors, envie de lire un de ces auteurs du Québec? Vous me direz si on arrive à les trouver en Europe. Et de mon côté, je suis toujours ouverte à vos conseils!

 

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5 comments on “J’ai goûté 5 romans québécois”

  1. J’ai vu Fred Pellerin sur scène et je confirme : il faut aller le voir !!! Bon moi je l’ai vu à Cherbourg (incroyable mais vrai) et du coup quand nous sommes allés au Canada nous sommes allés à St Elie de Caxton

    • Trop bien!!! Je ne sais même pas où se trouve ce village, mais cela doit être culte de s’y balader après avoir vu Fred Pellerin en spectacle! :D La chance!

  2. J’avais essayé de lire un bouquin de Michel Tremblay quand j’étais à Montréal… Mais comme tu dis ce n’est pas facile à déchiffrer et j’ai trouver d’autres livres qui m’intéressaient beaucoup à la bibliothèque de Montréal (mon coup de coeur là-bas ^^ !)

    • ;) moi aussi c’était un de mes coups de coeur, cette magnifique bibliothèque!! Peut-être que tu trouveras un autre livre de Tremblay qui te plaise plus, je te le souhaite parce que son style vaut la peine, et si tu aimes les expressions québécoises en plus… y’a de quoi faire!

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